La langue des signes existe depuis la nuit des temps.
L'homme (avant de pouvoir articuler) employait des mimiques, des
signes pour se faire comprendre de ses congénères.
Depuis toujours, plusieurs comportements face aux sourds-muets sont
observés :
- Platon pensait que quelqu'un qui ne savait pas parler était
incapable de raisonner.
- Aristote écrivit les sourds, "irrémédiablement
ignorants" ne pouvaient être éduqués.
- Chez les Egyptiens et les Perses, le sourd était considéré
comme le siège de la faveur céleste.
- Dans certaines tribus indiennes et africaines, le sourd était
parfaitement intégré à la vie sociale et pouvait
occuper n'importe quel rang social même celui de chef.
- Jusqu'à la fin du Moyen-Age, en Europe, on suppose que
généralement le sourd était l'idiot du village.
Il n'avait pas accès à toutes les informations que
les paysans recevaient, il ne pouvait donc pas se développer
socialement autant que les entendants.
Les premières tentatives
d'éducations de sourds par les entendants :
- Au 17ème siècle, J-P Bonet enseignait les différents
phonèmes du langage parlé avec un alphabet manuel.
L'alphabet belge découle de celui-ci.
- En France, Jacob Rodrigue Pereire utilisait comme méthode
le touché de la gorge du professeur par la main de l'élève
qui devait essayer de reproduire les même vibrations et les
même mouvements de la bouche (cette méthode est encore
utilisée dans l'apprentissage de la parole).
En fait, la plupart des enseignants entendants refusent d'utiliser
les gestes naturels employés par les sourds. Pour eux, les
gestes des sourds ne peuvent exprimer une pensée humaine
et ne constituent pas une langue.
On sait alors qu'un sourd peut être instruit mais il est hors
de question qu'il utilise comme moyen d'expression autre chose que
la langue orale.
Au temps de la révolution
française :
Les philosophes de la révolution rejettent les certitudes
passées, et étudient notamment la relation entre la
pensée et la parole. Certain diront qu'un langage gestuel
serait plus apte à représenter la pensée.
C'est dans ce contexte qu'un homme va commencer à s'intéresser
aux signes employés par les sourds. Cette personne est l'abbé
Charles Michel de l'épée.
L'histoire dit qu'un jour l'abbé rencontra des jumelles sourdes,
il remarqua qu'elles avaient un code de gestes pour dialoguer entre
elles. Il décide donc d'étudier ce système.
Par la suite il créa une école chez lui et publiera
une étude : "institution des sourds-muets" dans
lequel il expose un système dit de signes méthodiques.
Cet ouvrage provoquera la colère des différents enseignant
qui prônent l'oralisme.
L'abbé de l'épée va découvrir que la
communication visuelle et gestuelle est primordiale dans l'instruction
des sourds.
Il créa la première école pour sourds à
Paris en 1760 (l'école saint Jacques).
Il sera le premier entendant à placer au premier plan l'acquisition
du français écrit par rapport au français parlé
(grâce notamment au langage signé).
Pour la communauté mondiale des sourds l'abbé de l'épée
est le pionnier en matière d'éducation de ce fait
il est très admiré.
L'après l'abbé
de l’épée :
peu nombreux sont ce qui tentent de poursuivre ses travaux.
Seul Mr Bébian reprend les études de l'abbé
de l'Épée. Il décide de ne plus utiliser les
signes méthodiques pour privilégier les signes naturels
dans l'enseignement. Il instaure une éducation en langue
des signes et en français, ce changement va lui faire obtenir
des résultats inespérés dans la compréhension
et l'écriture du français.
Ces résultats et l'épanouissement des sourds autour
de l'Institut de Paris attestent que l'utilisation de la langue
des signes est primordiale dans l'éducation des sourds.
Après Bébian plus aucun entendant ne va poursuivre
les recherches.
L'implication des sourds dans
leur propre éducation :
Les entendants n'étaient pas les seuls à s'interresser
aux gestes naturels. Voici des sourds qui ont réfléchi
sur le sujet.
Étienne de FAY :
bien avant l'abbé de l'épée, Étienne
de Fay surnommé le vieux sourd d'Amiens est la première
personne sourde à avoir enseigner aux sourds à l'aide
de la langue des signes.
Pierre DESLOGES :
En 1779, est publié le premier livre de Desloges Observations
d'un sourd-muet.
Desloges n'a pas été éduqué par l'abbé
de l'épée. Devenu sourd à 7 ans, il a pu apprendre
des rudiments du français.
Desloges établit clairement qu'une langue des signes structurée
est couramment utilisée en France,et cela bien avant l'invention
des signes méthodiques de l'abbé de l'épée.
Il est le premier à parler de la structure de la langue des
signes française.
Desloges soutient que sa langue permet d'exprimer les pensés
les plus complexes, c'est à dire même ce qui est abstrait.
Ferdinand Berthier :
c'est un des plus brillants exemples de réussite d'un sourd
par éducation bilingue.
Il vécut pendant la période où l'éducation
bilingue était autorisée. Professeur à l'institut
national des sourds de Paris, il fut un défenseur des sourds
et de leur culture. Il écrivit de nombreux livres et fût
membre de la société des gens de lettres.
Laurent Clerc :
C'est un des élèves de l'école Saint Jacques,
il est repéré par le révérant Gallaudet
qui cherche quelqu'un pour enseigner la langue des signes aux États
Unis.
Clerc part donc enseigner la langue mais adaptée à
l'Anglais avec une base locale des signes.
C'est pour cela que l'american signs language ressemble tant à
la langue des signes française.
L'unique université pour les personnes sourdes se trouve
aux USA. Son nom : La Gallaudet College, tous les cours y sont donnés
en langue des signes.
Le congrès de Milan
en 1880
Ceux qui prônent l'utilisation de l'oralisme
comme seul outil d'éducation des sourds restent nombreux.
La volonté d'obtenir un enseignement uniforme entraîne,
au Congrès de Milan, la décision d'interdire la langue
des signes dans l'enseignement au profit des méthodes orales.
Pendant plus de cent ans, la langue des signes continue à
évoluer au sein du monde des sourds, mais elle se divise
peu à peu en différents dialectes.
Au 20e siècle, suite à l'évolution des mœurs
par rapport aux différentes minorités, certaines personnes
étudient en profondeur la langue des signes et prouvent que
celle-ci est une langue à part entière.
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